sans titre

(2004-02-07)



J'ai connu des jours sans nuits aux lueurs accrochées de grisailles. La lumière ondule sur un fond de montagnes noires qu'une brume sans vie habille de gris. Le vert a disparu ; le rouge aussi. Ne restent que le bleu, froid et envoûtant, le blanc, aveuglant et blessant, et le noir, sourd et qui m'aspire.

Je suis un chemin, qui n'en est pas un. Il serpente entre les ombres d'arbres morts. Le vent les caresse, agitant des moignons dessèchés dans une parodie de danse et de musique. Des musiciens sans âmes...

Qui de la lune ou du soleil brille dans cette écume qu'est le ciel ? Je ne sais pas. Le temps ne change rien. L'herbe grise prend des reflets d'acier lorsque le vent les caresse. Est-ce de plaisir ? Une eau blanche tombe en cascade d'un rocher et écume. Et personne, personne...

C'est un paysage sans odeurs ni rien à quoi se raccrocher. Mon regard glisse sans qu'aucune aspérité ne le retienne.

Quel est ce passé qui doit donc placer ses couleurs au présent ? Quel est ce futur invisible qui se dévoile comme les feuilles d'un cahier qu'une plume aveugle remplit de lettres, de mots et d'histoires ?

J'ai connu des jours sans nuits aux ombres accrochées de lumières diamantines. Aveuglé de mille brillances comme autant d'épées fines et fantômatiques, comment puis-je avancer ?

Je bute, je bute, je bute sur un caillou. Pourrai-je me relever ? Cette plainte qui s'enfuit de ma bouche ne veut pas y rester ! Elle est grise, comme le monde qu'elle va habiller quelques instants, dans son ultime agonie.

Frou, Frou, Frou... Telle la colombe, je m'envolerai de nouveau lorsque les nuits n'auront plus de jours.




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© Guillaume MAISON