Ô Homme, regarde autour de toi et goûte à la colère de ces injustices ! N’as-tu donc plus de dignité que tu ne te révoltes pas à ces injures faites à tes semblables par tes semblables ?
Ecoute autour de toi ces plaintes monter de plus en plus ! Regarde autour de toi se défaire les liens fraternels qui relient les hommes ! Entends monter les cris de douleurs et de colère de plus en plus nombreux !
Ô Homme, indigne-toi que tu ne puisses plus décider souverainement de ton destin ! Indigne-toi que ton cri ne porte plus au cœur de ceux qui te dirigent ! Indigne-toi de ta solitude grandissante au milieu de ce bruit infernal et de ce temps de plus en plus rapide !
Le contrat qui me lie aux autres hommes se délite petit à petit. A chaque assaut de l’égoïsme les fils qui me relient aux autres hommes se tendent et se coupent. Les cris de fureur remplacent petit à petit la musique des joies d’autrefois. La peur prend petit à petit la place de la confiance que j’ai en l’homme. La violence s’insinue dans les amitiés et nous isole chaque jour davantage.
Ô Homme, où t’en vas-tu ? Sur quel chemin t’es-tu engagé que tu baisses la tête sous un joug de plus en plus pesant ? Vers quel horizon sans lumière t’en vas-tu de ce pas si pressé ? Vers quelle solitude t’enfermes-tu ? As-tu oublié ces si belles conquêtes partagées entre tous ? As-tu renoncé à trouver en l’autre ce miroir de toi-même ? As-tu biffé d’un simple détournement de regard toutes ces valeurs qui nous ont porté jusqu’ici ? As-tu oublié ce que tu es ?
Regarde cet homme qui renonce à dire ou à faire par fatigue, se dit le matin qu’il le fera le soir et le soir se dit qu’il le fera le matin. Regarde cet autre homme aveuglé de douleur par son métier si pesant. Et regarde cette femme ! Vois son regard empli de tristesse au moment de voler ces quelques pommes qui nourriront un peu ses enfants. Entends le murmure incessant de toutes ces personnes seules, de plus en plus seules.
Ô Homme ! Indigne-toi ! Relève la tête et brise ce bât qui te meurtrit l’âme et le cœur ! Laisse en ton cœur monter cette juste colère qui te fait reconnaître l’injustice et cette fureur qui te la fait combattre ! Joue de nouveau cette musique de l’amour et de l’amitié et retrouve sur ton chemin tous ces hommes qui sont autant de parts de toi-même ! Ô Homme ne renonce pas à ce que tu es ! Indigne-toi de tes semblables qui avilissent et asservissent tes amis, tes frères et tes enfants ! Gronde ta colère à la face de ceux qui ne veulent pas t’entendre !
Ô Homme, regarde en ton cœur les valeurs les plus simples, tes amours les plus belles et ton indignation sera l’outil de la reconstruction de ton monde ! Ô Homme, lorsque, las de ton asservissement, tu relèveras la tête pour te libérer de ton joug, ton indignation sera une précieuse alliée ! Ô Homme, tu trouveras ton indignation qui te permettra de te libérer et de croire de nouveau en toi.