Depuis très longtemps, j'entends autour de moi des gens justifier leur comportement par cette phrase : "Oui, mais quand on est parent, on fait comme si... les femmes font ceci... je suis sûr que chez les untels c'est comme ça... Il ne faut pas que je me plaigne, d'autres sont plus malheureux..." Récemment encore, la justification de la rigueur budgétaire de l'Etat était : "Les autres pays européens font pire, regardez ce qui se fait dans tel ou tel pays, ..."
Jusqu'à présent, cette rhétorique me paraissait sensée, frappée du coin du bon sens : c'est vrai, après tout, si tout le monde fait comme ça, c'est que c'est la voie du bon sens. Et puis si ailleurs c'est pire, je vais pas me plaindre hein, pour le cas où ça deviendrait pire ici...
Mais il y avait toujours quelque chose qui me perturbait dans cette manière de considérer. En fait, plusieurs choses me perturbaient. Tout d'abord, cette espèce de culpabilité mal placée. Si c'est pire à côté, pourquoi ne devrai-je pas me plaindre que ma situation ici même ne me satisfait pas ? Parce qu'à côté ça se passe moins bien, je dois me satisfaire de ce que j'ai au cas où si je dis quelque chose on me retire tous mes avantages d'un coup ? Ensuite, pourquoi doit-on aller chercher à côté des solutions ou bien pourquoi doit-on utiliser ce qui se fait à côté pour changer ? Ne peut-on trouver en nous même nos propres solutions ? Ne peut-on avoir nos propres réflexions pour savoir ce que l'on aime, veut, peut faire ? Bien sûr qu'on peut regarder ce qui se fait à côté. Mais je ne pense pas qu'il faille l'utiliser comme justification à ce que nous faisons. A côté, ils font comme bon leur semble. Ici, nous faisons comme nous le voulons.
Utiliser l'autre pour justifier ses propres actes est une posture qui aujourd'hui m'exaspère au plus haut point. Cela témoigne pour moi d'une fuite de ses responsabilités. Ensuite, je trouve plus intéressant d'avoir à chercher en moi mes propres solutions, mes propres réflexions et mes propres opinions. Je pense que si le pays faisait pareil, si tous les français étaient dans une démarche commune pour trouver les choses à améliorer, ça irait beaucoup mieux. Plutôt que de suivre le troupeau.